Le film est le produit, et il fait trois nanomètres
L'acier inoxydable contient au moins dix pour cent et demi de chrome. Ce chrome n'est pas décoratif : il réagit avec l'oxygène de surface et forme une couche d'oxyde de chrome d'un à trois nanomètres — quelques dizaines d'atomes. C'est ce film qui résiste à la rouille, il se reforme tout seul après une rayure tant qu'il y a de l'oxygène, et c'est la seule chose entre l'acier et l'air.
Ce qui vous dit ce qui le menace vraiment : pas l'eau, mais eau + chlorures + absence d'oxygène. Les ions chlorure — du sel, de l'eau de Javel, d'un spray de salle de bain chloré — sont assez petits pour traverser le film aux défauts, et une fois qu'une piqûre démarre, elle ne reste pas petite. L'intérieur devient l'anode, la surface autour devient la cathode, et la piqûre se remplit de chlorures métalliques qui s'hydrolysent en acide. Le pH local chute, davantage de chlorures sont attirés, la piqûre se creuse. C'est une réaction qui s'auto-alimente, et c'est pourquoi un point de la taille d'une tête d'épingle devient un cratère visible en quelques semaines pendant que le reste de la surface reste parfait.
Et une piqûre n'est pas réparable comme l'est une couronne calcaire. Le chrome s'y dissout préférentiellement, donc le fond n'est plus le même alliage : c'est de l'acier moins protégé, pas de l'inox troué. Vous pouvez polir la piqûre à plat et elle aura l'air bien un moment, mais le métal dessous ne peut pas reformer le film qu'il a perdu, donc la rouille revient au même endroit. C'est pourquoi « j'ai récuré la rouille et elle est revenue » est une histoire si banale : le récurage n'était pas la réparation.
Trois marques, trois réponses
Couronnes blanches et reflets irisés sont en surface. Une couronne blanche est du calcium et du magnésium laissés par la dernière goutte qui s'est évaporée, donc il faut de l'acide : vinaigre, ou acide citrique à 50 g par litre — pulvérisé sur le chiffon et non sur l'inox, passé dans le sens du brossage, puis séché tout de suite. Un reflet irisé est une pellicule d'huile et veut l'inverse : liquide vaisselle tiède, ou un peu d'alcool. Les deux reviennent si vous laissez sécher à l'air, donc la dernière étape est toujours un chiffon sec.
De petits points bruns qui se soulèvent à l'ongle ne sont presque jamais l'inox qui rouille. C'est du fer venu d'ailleurs : de la paille de fer qui a perdu des fibres, une poêle en acier carbone ou une fonte posée contre, de l'eau rouillée d'un vieux tuyau, une boîte de conserve laissée dans un évier humide. Ce fer rouille sur le film et tache l'acier dessous, mais il ne l'a pas mangé. Un nettoyant à l'acide oxalique — ceux vendus pour l'inox et les plaques vitrocéramiques — sur un chiffon humide, dans le sens du brossage, puis rincer et sécher. Ce qu'il ne faut pas faire, c'est attaquer à la paille de fer : elle raye et dépose encore plus de fer pour la fois suivante.
Des points sombres qui ne partent pas et qui font un petit creux sous l'ongle sont des piqûres. Sondez-en une avec une aiguille. Sous un demi-millimètre, un abrasif très fin peut adoucir le bord pour qu'elle ne retienne plus l'eau, puis on garde la zone sèche et légèrement huilée ; plus profond, ou en grappe, ce n'est pas une réparation mais un changement d'usage — et un évier ou une casserole percée, c'est terminé.